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Olivier Adam : Calimero heureux

Olivier Adam : Calimero heureux Posted on November 7, 2019Leave a comment

J’ai découvert Olivier Adam en lisant sa nouvelle Sans filet dans le supplément estival du 1 de 2018. Ça parlait d’une jeune femme de la banlieue parisienne qui se demandait comment on pouvait s’enfiler des burgers à 18 € comme si c’était normal. J’ai tout de suite accroché, je m’en rends compte aujourd’hui, pour deux raisons : l’obsession de l’argent (dans le bon comme le mauvais sens) (« Comment autant de gens peuvent être aussi blindés ? ») et une certaine familiarité de l’écriture ; en plus du cadre très classe moyenne de banlieue qui ne pouvait que me parler.

J’ai poursuivi ma découverte de l’auteur avec Je vais bien ne t’en fais pas et Le Cœur régulier. Manque de bol, même si je trouvai l’intrigue du premier particulièrement intéressante et l’ambiance japonaise du second inspirante (j’en tirai une nouvelle, La Baie des suicidés dont j’étais très fier), il me manquait ce que j’avais trouvé dans la nouvelle. En me renseignant sur l’auteur, j’ai découvert que ces deux livres faisaient partie de sa série « Héroïnes ». Était-ce pour ça que j’avais moins aimé ?

Peut-être. Parce que son dernier livre, Une partie de badminton, est lui le dernier de sa série des « Paul », Paul étant l’alter ego fictif de l’écrivain lui-même. Or j’ai lu ce livre à la vitesse de l’éclair, je l’ai trouvé fait de quelque chose que je n’avais pas trouvé dans les deux autres.

Dans Une partie de badminton, Paul Lerner, écrivain sur le déclin, revient s’installer en Bretagne avec sa petite famille parce que Paris est devenu trop cher. Là-bas, les choses empirent et emportent le héros dans une spirale infernale.

Comme Olivier Adam l’explique, tous les cinq ans dans ses livres « Paul », il ajoute à son destin ce qui fait l’actu. Dans Une partie de badminton, l’auteur incorpore donc les thèmes du moment : l’accueil des migrants, les fachos taggueurs de mur, le complexe hôtelier non respectueux du littoral. Mais l’important se loge ailleurs : dans sa vision aiguisée de la vie des bobos parisiens, dans sa vision sans fard de la vie des Bretons hors saison. Aucune des deux ne trouve vraiment grâce à ses yeux. On voudrait devenir bobo parisien, on ne pourrait s’empêcher en le lisant de se dire qu’on deviendrait un connard. On voudrait s’exiler en Bretagne, on signerait d’après lui son arrêt de mort : en Bretagne, hors saison, même dans une station balnéaire, il n’y a rien à faire. Bien sûr, puisque c’est un livre d’Olivier Adam, il y a forcément une sœur disparue, ou un frère suicidé, un père cachotier et une embrouille de famille toutes les trois pages.

Il n’empêche, je dois le dire : ce livre est addictif. J’ai parcouru ses presque 400 pages en un week-end, j’ai préféré lire ce livre plutôt que de me lancer dans un troisième visionnage de Better Call Saul, j’ai préféré Une partie de badminton au ciné, à Golf Battle. Olivier Adam n’a pas reçu de prix (il nous l’a rappelé dans un post Calimero sur Instagram), pourtant il réussit une prouesse à côté de laquelle passent beaucoup de primés : son livre bat les réseaux sociaux, son livre se dévore, on en oublie le nombre de pages, on en oublie le temps qui passe. Une mention spéciale pour l’épisode parisien du livre, où (spoiler) le héros part chercher sa fille qui a fugué chez un copain à Montmartre. Elle finit par convaincre son père de rester une nuit de plus puisqu’il a fait le déplacement. Alors, le héros se retrouve dans son ancienne vie montmartroise et il finit par vriller. Le sort s’acharne sur Paul Lerner ; mais dans cet épisode, il est le seul responsable de sa déchéance.

À la fin du livre, étrangement, alors que le personnage principal est décrié page après page, alors que ses défauts, ses manquements, ses « empêchements » sont scrutés, il finit par sortir grandi ; l’un des seuls encore debout. Forcément donc, il est celui sur qui tout le monde s’appuie pour se relever. Paul Lerner est grognon, a un léger penchant pour l’alcool, ne touche plus le public par ses livres, pourtant, Paul Lerner est quelqu’un de bien. Et son entourage a de la chance de l’avoir. En ce sens, il se démarque d’un personnage houellebecquien qui, bien qu’il présente un peu les mêmes caractéristiques (quadra blanc hétéro sous médocs en train de foirer sa vie), n’est jamais véritablement attachant (sauf Florent-Claude Labrouste à la dernière page de Sérotonine) et très souvent insupportable.

Finit par émerger l’image d’un père de famille qui s’en prend plein la gueule, largement plus que ce qu’il mérite, et qui tient bon, qui tient la barre dans la tempête. On est à deux doigts de la figure sacrificielle. Mais ce qui rend les choses finalement attendrissantes, c’est que la tempête finit toujours pas passer et que sous la victime, on se rend compte que demeure un père, plein de défauts, mais un bon père quand même.

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