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Micro journal – La peur

Micro journal – La peur Posted on November 28, 2019Leave a comment

La peur

   Qu’est-ce qui est le pire : frôler la mort sans l’avoir su, ou ne pas la frôler mais l’avoir cru ? Entre celui qui a failli se prendre une voiture sans l’avoir vue arriver et celui qui s’écroule dans son appartement et ne peut plus bouger, qui croit faire un AVC alors que ce n’est « qu’une » infection intestinale carabinée : qui en sort le plus traumatisé ? Lequel des deux a vraiment aperçu la mort ?

Les planètes

   J’ai redécouvert le morceau « Les Planètes » de M. Pokora grâce à un tweet.  C’est un morceau incroyable. « Un shot je pense à toi, deux shots je pense à toi… », « Une nuit de plus, solitude dans le tour bus ». J’ai été obligé d’envoyer un texto dans la foulée à Farrando pour partager cette vérité que je me prends comme une châtaigne : le chagrin d’amour noyé dans l’alcool est le meilleur objet littéraire possible. Parmi les œuvres les plus marquantes, combien de romans d’amour, d’histoires de rupture, combien de notes composées en hommage à une femme, à un homme ? Si les arts aident à vivre en encaissant les malheurs, le plus grand des malheurs étant peut-être le chagrin d’amour, alors, produire de l’art à ce sujet est la mission suprême des artistes.

Amande

   Certains romans sont des coups de poing, d’autres des matchs de boxe ; d’autres encore sont parfois des tournois entiers. On peut trouver de la qualité et du génie dans ces trois catégories. On ne trouvera pas l’histoire des parfums de shampoing dans un roman coup de poing. J’étais chez le coiffeur et je discutais avec le shampooineur des variétés de produits. Je ne sentais l’odeur d’amande que chez eux à l’occasion de ce moment précis. Il m’a expliqué qu’il y avait bien la menthe, mais l’odeur était trop clivante. Ils ont essayé le miel, mais c’était trop doux pour les cheveux de certaines clientes. Alors, ça a été l’amande, qui convenait à tout le monde. Le genre d’histoires qu’on trouve dans Pastorale américaine et pas dans Demande à la poussière.

Vocation

   Je suis en train de finir une phrase du livre de Laura Kasischke, Un oiseau blanc dans le blizzard. Jusqu’ici je n’accroche pas, et je me dis « Pourquoi tu te forces, en attendant le bus pour l’hôpital, à en lire le plus de pages possibles ? ». Pour le finir, en parler éventuellement, en retirer quelque chose, sûrement. Tout reprend alors sens : la lecture et l’écriture s’inscrivent dans le cadre de ma mission sur Terre. Mais est-ce que ces quelques pages lues douloureusement servent vraiment ma mission ? Et ma mission sur Terre a-t-elle un sens ? Si forte que soit ma vocation, j’en doute tout d’un coup.

Il faudrait

   Je suis tombé par hasard sur Les Hommes préfèrent les grosses. L’introduction est monumentale et les dialogues anthologiques (« Arlette, j’ai envie de me faire sauter le caisson »). J’étais jusqu’ici passé à côté de ce film. De la même manière, je découvre que John Fante a beaucoup lu Sinclair Lewis. Sinclair Lewis, c’est soit un nom dans une liste Wikipedia, soit quelqu’un qui a décroché à la fois le Pulitzer et le Nobel de littérature. Il suffisait juste de cliquer, puis d’aller acheter l’un de ses livres pour ensuite le lire. Il faudrait avoir tout vu et tout lu avant d’entamer quoi que ce soit d’artistique. Pour commencer, il faudrait surtout être plus curieux en permanence, particulièrement concernant les artistes.

Métaphores

   J’ai lu ce tweet de Clément Bénech reprenant une phrase de Kundera affirmant qu’il ne faudrait pas qu’il y ait plus de deux ou trois métaphores dans un roman. Dans le livre que je lis, Un oiseau blanc dans le blizzard, on trouve une métaphore toutes les deux phrases et ça encombre incroyablement la lecture. J’espère que le lecteur qui lit mes livres (qui, je crois, contiennent pas mal d’images) ne ressent pas ça. Je ne pense pas, mais je n’en suis pas sûr. Selon moi, une image, une métaphore, une comparaison, sert à saisir d’un seul coup ce que l’auteur a voulu dire, avait en tête. Parce que souvent, l’auteur n’a pas des mots en tête, mais une image. C’est ce que j’espère réussir à faire. Laura Kasischke charge ses phrases plutôt que de les simplifier. Pour dire « Elle a disparu », elle dirait « Elle a disparu et son absence dans la neige a résonné comme des clochettes tintant dans le silence ». Difficile après ça de n’être pas d’accord avec Kundera.

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