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Micro journal – Boulimie

Micro journal – Boulimie Posted on January 16, 20205 Comments

Boulimie

Je traverse une crise de boulimie de lecture en ce début d’année. Déjà 4 livres de lus. Ils sont presque tous bons, voire très bons. J’ai de la chance. Mais je ne sais pas d’où sort cet étrange appétit. D’ailleurs, il y a des désavantages. D’abord, j’ai des cernes depuis quelques jours et je suis sûr que c’est lié. Ensuite, à trop lire, on digère mal. On ne laisse pas à l’esprit le temps d’assimiler les histoires, bonnes ou mauvaises (on peut trouver une bonne idée dans un mauvais livre), la fermentation est brusquée, la machine s’enraye. Hâte de me lancer dans un pavé pour reprendre le temps.

Wepler

Autant j’aime bien passer avec mon kebab devant la file d’attente du Bouillon Pigalle, autant ça me plaît moins quand j’aperçois le Wepler. L’étal du poissonnier n’est pas encore vide et les huîtres, les langoustes, les homards et les coquillages sont toujours là, à portée de main. J’ai envie de dire au type « Tu vas les jeter là non ? Donne-les moi, je te débarrasse », mais évidemment je n’en fais rien. Plus loin, je longe la vitrine de la brasserie et le spectacle devient carrément déchirant : des vieux bien habillés s’empiffrent devant des plateaux de fruits de mer grands comme des tables. Je ne leur en veux pas. J’ai juste hâte d’être à leur place, et si possible avant d’avoir leur âge.

Ambient

Il y a cette compilation de Max, Beach Love vol.1 (2003) qu’on écoutait avec Giul à l’époque. J’écoute un morceau un peu du même genre en faisant la vaisselle et ça me transporte dans cette époque-là. Je me sens bien, je me dis que c’était une bonne époque. Pourtant à la réflexion, ce n’était pas vraiment le cas. J’étais sous Roaccutane, je négociais mal ma transition (vestimentaire : entre le rappeur californien blanc et le bourge versaillais. En achetant mes premières Converse, j’avais trouvé une parade grossière : à l’origine, c’était des chaussures de basket), je parlais à plus de gens sur Internet que dans la vraie vie. Mais alors, si l’époque était nulle, pourquoi j’y repense avec nostalgie ? Grâce à Max, pardi ! Grâce à cette compilation. Elle est une époque en elle-même. En fait, certains morceaux de musique sont des époques qui se baladent à travers les âges. À chaque fois qu’on les écoute, on se sent bien, on s’extrait de la temporalité classique.

Chambois

J’assiste à la projection d’un docu où l’on a suivi Michel Onfray sur les chemins de son enfance, à Chambois, en Normandie. On est au Cinéma 7 Batignolles, il y a quelques éléments du tout Paris : journalistes, éditeurs, anciennes ministres… Gagné par l’émotion du docu, j’imagine que ce soir, le philosophe rentrera chez lui en voiture, dans l’Orne, sa mère assise au côté passager… J’aime cette idée. Faire ses mondanités, à peu près obligatoires, mais prendre la route à 23 heures pour rentrer chez soi à la campagne. Et, minuit à peine passé, se glisser dans ses draps, loin de tout.

Corniche Kennedy

J’ai sûrement été un peu dur avec Maylis de Kerangal dans ma review de Corniche Kennedy. Plusieurs fois depuis ma lecture, je repense à l’atmosphère du livre. Cette ambiance chaude, confrontée à la mer chaude, la lumière de biais et les corps à moitié nus des adolescents, les plongeons dans l’eau bouillonnante, le commissaire imparfait et intègre qui clope dans son bureau sur la riviera. Des ambiances très bédé auxquelles j’aime repenser. Si un livre laisse une telle empreinte, c’est qu’il est forcément bon quelque part.

Nature

À la fin de Bandini, Arturo s’allonge sur un chemin, embrasse la terre, en met un peu dans sa bouche, la recrache. Tout est là. Le rapport qu’un enfant a avec la nature me manque. Passer son doigt sur le pétale soyeux d’une fleur, coller sa main sur du goudron chauffé par le soleil, faire trotter un gendarme sur son avant-bras… on devrait pouvoir reproduire ses gestes anodins toute sa vie.

5 comments

  1. Coucou Dimitri !
    Heureuse de lire de nouveau ce soir.
    Si tu as une boulimie de lecture, tu ne perds pas non plus de temps pour écrire sur ton blog…
    Je m’étonne un peu que tu te demandes pourquoi tu lis en ce moment avec une telle frénésie !
    En effet, tu viens de passer 8 mois à soutenir ta maman dans la maladie et à te demander, je suppose, 10 fois par jour si elle s’en sortirait, et maintenant elle est sauvée et se rétablit peu à peu chez elle dans le calme.
    Alors ta vie enfin te rattrape et ta passion pour la lecture ainsi peut être qu’un besoin d’évasion te poussent à dévorer des livres et encore des livres !
    Je ne m’en étonne pas le moins du monde !
    Bonnes retrouvailles avec ta vie et ta passion pour la littérature !

    1. Merci Dominique pour tes mots ! En effet je n’y avais pas pensé mais c’est une analyse très juste. Plutôt une bonne nouvelle du coup 🙂 !

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