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L’Orphelin de l’atoll

L’Orphelin de l’atoll Posted on January 31, 2019Leave a comment

Il était cinq heures du matin. Comme tous les jours, Kilmo se levait plus tôt que sa femme. Il se fit un café et sortit dans son jardin de neuf mètres carrés. Ses pieds s’enfoncèrent légèrement dans la terre sableuse. Il sirota sa tasse en contemplant l’eau lessivée du lagon. Il avait plu cette nuit. Le martèlement des gouttes sur la tôle des toits berçait tous les îliens depuis leur plus tendre enfance. Ici, tous chérissaient la pluie. Sur cet atoll dénué d’eau potable, elle était la condition de leur survie. C’est probablement pourquoi son bruit incessant ne les gênait pas. Kilmo pencha la tête en arrière pour faire venir à lui le fond de son récipient de laiton, puis fit le tour de sa maison, excité. Après une ondée si longue, l’eau dans leur container allait avoir grimpé d’au moins trente centimètres ! Le quinquagénaire bedonnant se hissa en haut de l’échelle posée contre la maison. Mais quand il regarda au fond du réservoir, il manqua de tomber à la renverse. Il était vide ! Tout de suite, Kilmo aperçut à la limite de l’eau située à une quinzaine de centimètres du fond, dans l’ombre floue d’un pandanus, une déchirure en forme de trou. À la hâte, il descendit de l’échelle, contourna la maison et rentra en catastrophe dans la chambre conjugale en réveillant sa femme pour lui annoncer la nouvelle tragique : on venait de percer leur réservoir à eau.

À dix heures, après plusieurs allées et venues dans les maisons avoisinantes, Kilmo connaissait désormais l’étendue des dégâts. Le senator n’avait pas été le seul attaqué : il s’était rendu compte que près de la moitié des réservoirs de l’île avaient été vandalisés. Le quinquagénaire rassembla tout le monde dans le townhall pour annoncer la nouvelle aux derniers ignorants. Le brouhaha gonfla parmi l’air rayé du vol des moustiques. En dehors de la mairie, le vent balayait toujours les pandanus et les lézards filaient toujours entre les branches de bois flotté. À l’intérieur, c’était la foire d’empoigne. Le ventilateur de bois s’évertuait en vain à éteindre l’incendie vocal. La communauté paniquait : une vingtaine de foyers n’avait plus qu’un à deux jours d’eau potable. Après ça, ce serait terminé !

Quand il fallut trouver un coupable, très vite, tout le monde soupçonna Notnam. Il faut dire qu’il avait le profil parfait. Il vivait de l’autre côté du lagon tout seul sur une île. Il s’y était exilé après une bagarre au café du village. Le jeune avait eu une vie difficile. Son père était mort de maladie et Panti, sa mère, l’avait laissé là pour aller tenter sa chance à Palikir, la capitale située à quatre heures de vol. Elle avait toujours détesté l’atoll et l’atoll l’avait toujours détestée. Dès lors, forcé de grandir sans parents, le petit Notnam avait poussé comme une mauvaise herbe sur cette île perdue au milieu du Pacifique. Ici, les conditions étaient difficiles. Si en plus on ne grandissait pas dans un foyer solide, on déviait rapidement. Un soir, il était entré dans le café et avait tout saccagé, hurlant que c’était de leur faute, qu’ils étaient responsables de son malheur et de tout le malheur du monde. Depuis, Notnam vivait dans une bâtisse de bois qui tenait debout par miracle, à l’orée des pandanus, face à l’océan. On le tolérait tout en s’en méfiant constamment.

Pour la communauté villageoise, l’explication était simplissime : il avait eu une nouvelle montée de fièvre et s’était appliqué à percer tous les réservoirs des habitants pendant la nuit ! La meute avait son coupable, elle n’attendait plus qu’une chose : la sanction. « Allons le chercher ! » lança un homme qui avait été son tuteur lors du départ de sa mère, avant de rapidement jeter l’éponge devant le comportement trop sanguin du petit orphelin. « Non, non non. » répondit Kilmo pour calmer les choses. Il connaissait les dangers de ce genre d’épopée vengeresse accomplie sous le coup de la colère. « Surtout pas ! » poursuivit-il pour enfoncer le clou. « D’abord, qui vous dit que c’est lui ? » dit-il pour défier l’assemblée. Mais la foule continuait de grogner, de s’indigner, de faire peur. Et puis Kilmo lui-même s’en doutait, c’était forcément Notnam. Ayant toujours eu de la tendresse pour le petit, peut-être parce qu’il était le chef et considérait chacun de ses sujets comme une âme à protéger, probablement aussi parce qu’il avait été, il y a longtemps, amoureux de Panti, il voulait absolument l’épargner. Seulement, la horde réclamait un coupable et il allait falloir lui en trouver un. Le senator réfléchit, assis à sa table à côté de Kura, le chief administrate. Il finit par se lever et s’avancer jusqu’au bout de l’estrade : il avait trouvé une solution. Il allait lui-même trouver Notnam et lui proposer un marché : s’il acceptait de se dénoncer, on allègerait sa peine, il ne serait pas envoyé à Palikir où il serait écroué. Il serait simplement privé de vivres pour une durée d’un mois. « Et au bout d’un mois, il recommencera ! En attendant, on n’a toujours pas d’eau ! » se plaignit un villageois en marcel et casquette américaine pastel. Mais le senator parvint tout de même à convaincre l’assistance, leur expliquant qu’il allait bien lui dire que ce serait sa dernière chance. Et puis, d’ici là, on allait s’organiser, s’entraider, mettre toute l’eau en commun et la rationner. L’averse de la nuit passée était encourageante, il fallait simplement prier et attendre. « Nous allons lui laisser vingt-quatre heures. S’il choisit de se dénoncer, je lui demanderai d’aller allumer le fanal du bout de la piste d’atterrissage » ; la foule grommelait devant tant de candeur, de précautions. « Si demain, reprit le senator, à l’aube, vous ne voyez pas de lueur à l’horizon, alors nous irons le chercher et vous n’entendrez plus parler de lui ! ».

Dès le début de l’après-midi, Kilmo se rendit au débarcadère et sauta dans sa pirogue. Il fendit le lagon couleur d’acier, puis dépassa la langue de terre qui accueillait la piste d’atterrissage et continua droit devant lui. Arrivé aux abords de l’île de Notnam, il se fraya un chemin dans la mangrove jusqu’au rivage. Il traversa ensuite l’île du nord au sud et déboucha finalement sur une plage longeant l’océan Pacifique. Il chercha des yeux la silhouette malingre de Notnam dans les eaux agitées de la mer car celui-ci passait beaucoup de son temps à pêcher. Ne l’apercevant pas, il marcha jusqu’à la cahute qui lui servait de maison. Le baraquement avait été construit à la hâte plusieurs années auparavant pour entreposer les colis de l’Opération Christmas Drop. À l’intérieur, Notnam bullait étendu de tout son long sur une vieille méridienne déchirée, probable lubie d’un ancien senator. Il passait la plupart de ses journées là quand il ne pêchait pas ou ne fouinait pas dans la forêt qui borde le village. Kilmo ne pouvait s’empêcher de trouver un certain style à son existence d’ascète. Mais il retomba sur sa dégaine dégingandée d’oisif torse nu seulement vêtu d’un boxer et d’un jean trop grand, et ça le ramena à la réalité. Cet isolement n’était au fond qu’une sorte de crise d’ado qui durait. Notnam s’étonna de la présence du chef de l’île. Il était déjà venu l’avant-veille pour lui apporter quelques conserves et il ne venait qu’une fois par semaine. Car Notnam vivait de la pêche, mais aussi de ces quelques vivres apportés par le senator et de quelques rapines effectuées la nuit. En quelques mots, le chef du village lui expliqua la situation et finit son exposé en cherchant à lui imposer la solution la plus simple :
« Si tu te dénonces, tu seras privé de vivres. C’est tout.
– C’est tout ? Et comment je vais manger moi ? Vous croyez que je peux m’en sortir juste en pêchant ? se défendit l’orphelin.
– Je sais bien que non… je te ferai parvenir en cachette de quoi te débrouiller, la nuit… par la route de la piste. Kura s’en chargera ; c’est un homme de confiance. T’auras qu’à attendre devant le passage.
– Et si je refuse ?
– Si tu refuses… c’est simple, tout le village est persuadé que c’est toi. En tant que chef, je vais être obligé de suivre leur volonté.
– Et qu’est-ce qu’ils veulent ?
– Tu seras arrêté et emmené à Palikir.
– À Palikir ? Qu’est-ce que je vais aller foutre à la capitale ?!
– C’est la procédure… » expliqua Kilmo, bien heureux de faire paniquer le petit jeune.
Notnam se leva, remonta son jean qui glissait le long de ses fesses, et sortit de la cabane. « Je peux pas le croire, dit-il, je peux pas croire que sous prétexte qu’un type a vandalisé vos containers, on veuille m’envoyer à Palikir ! ». Kilmo le rejoignit dehors et s’avança jusqu’à lui. Tout en mimant Notnam qui regardait droit devant lui, il lui dit :
« Comprends-les… depuis ton petit exil, ils gardent une certaine rancœur envers toi. Et c’est pas leurs courses qui disparaissent tous les trois jours qui les adoucit.
– Envers moi, ou envers ma mère ? » questionna le jeune ermite, pour la forme.
« Écoute Notnam, fais pas le con, c’est tout. Je sais que c’est injuste, mais crois-moi, c’est la meilleure solution, poursuivit le chef du village qui voulait en finir.
– Jamais de la vie ! Je vais quand même pas payer pour la faute d’un autre !
– Mais justement, tu ne paieras pas ! Enfin beaucoup moins que si tu n’allumes pas le fanal…
– Hors de question senator, vous m’entendez ?
– Écoute, tu as jusqu’à demain matin, au lever du soleil. Réfléchis bien. C’est soit ça, soit Palikir. »

Le ciel s’était découvert. Les nuages laissaient passer le soleil comme un œuf qu’on casse. Kilmo interpréta le retour de l’astre tyran comme un mauvais présage. Ce n’était pas demain la veille que la météo lui viendrait en aide. Notnam s’était assis en tailleur, la position de ses jambes ayant une nouvelle fois tiré son pantalon vers le bas. La raie de son cul dépassait. Kilmo baissa les yeux, embarrassé, puis il tapota l’épaule du jeune sauvage, et repartit par la jungle sans rien dire.

La nuit suivante, le chef eut du mal à dormir. Il ne pensait pas aux réservoirs et demeurait simplement préoccupé par la décision du jeune Notnam. Il le connaissait, il avait sa fierté, il avait vécu des choses difficiles. Kilmo avait un mauvais pressentiment. Parfois, un froissement se faisait entendre à l’extérieur. Était-ce une pluie miraculeuse et qui aurait le lendemain détendu tout le monde ? Kilmo dégageait alors la tête de son oreiller pour mieux entendre. Puis il la reposait, inexpressif, ayant compris qu’un lézard ou une souris venait simplement de passer par là.

Il veilla ainsi jusque tard dans la nuit, puis sombra dans un sommeil à la fois lourd et décousu. Mais une sorte d’instinct le réveilla vers quatre heures du matin. Kilmo regarda sa montre. C’était bientôt. Si le fanal n’était pas allumé, on embarquerait le pauvre Notnam. Kilmo sortit, retrouva le contact du sable froid qui se dérobait sous ses pieds. Il s’avança hors de son jardin comme pour améliorer sa vision, mieux contrôler les choses en se rapprochant d’elles. Mais le lagon dormait, comme surplombé d’un lac de noirceur marine. On n’entendait rien qu’un clapotis paresseux, le ciel était constellé mais sans lune, on avait un peu l’impression d’être au bord d’un gouffre. Kilmo ne distinguait rien à plus d’une vingtaine de mètres. Ses yeux s’habituant peu à peu à l’obscurité, il finit par apercevoir quelques lignes familières, quelques masses plus sombres que d’autres. Tout au fond, une fine bande noire ceignait le lagon par le sud-ouest. C’est là-bas que commençait la piste d’atterrissage. Mais bien sûr, aucun fanal ne brûlait. Le senator avait gardé une once d’espoir dans un coin de son cœur, mais c’en était fini.

Alors, se sentant nu dans la nuit qui fuyait, il repensa à Panti. Il l’avait tant aimée, jusqu’à l’embrasser un soir derrière le café, cachés sous les parasols Budweiser repliés. Et elle ne l’avait pas repoussé ! Dans une autre vie, loin de cette île, ils auraient peut-être pu vivre quelque chose… Tout ce qui restait d’elle aujourd’hui, c’était Notnam. Non, c’était vraiment trop bête. Si le fils de Panti ne voulait pas s’épargner, Kilmo s’en chargerait à sa place !

Le jour arrivait. Kilmo pressait son embarcation en plein vers le sud, laissant derrière lui un filet argenté décorer l’onde endormie. Il balaya des yeux l’étendue du lagon et regarda l’horizon presque intégralement barré par le relief de l’atoll à ras d’eau. Soudain, alors que la vibration du moteur rythmait la progression du canot effilé, une lumière piqua le ciel noir droit devant lui. En plissant ses yeux, le senator eut la certitude que c’était bien la lanterne du bout de la piste. On venait donc de l’allumer ! Dans la nuit, Notnam était revenu à la raison ! Une minute plus tard, Kilmo accosta le cœur léger et laissa la pirogue couchée sur le sable. À quelques encablures du fanal, il aperçut la silhouette de Notnam se découpant dans l’obscurité fuyante devant le mur de palmiers. Kilmo courut jusqu’à lui, puis, arrivé à quelques mètres, il interpela le jeune îlien : « Notnam ! ». La silhouette se retourna. Ce n’était pas Notnam. « Kura, c’est toi ? » interrogea le senator. « Qu’est-ce que tu fais là ? » sonda le chief administrate en retour.
« Il n’a rien allumé alors ?
– Non… c’est pour ça que je suis là.
– Moi aussi. »

Les deux fonctionnaires restèrent un moment debout sur la grève, traversés de sentiments bizarres. On était soulagés d’avoir allumé le fanal pour éviter au jeune homme l’expatriation, mais on regrettait son entêtement imbécile, et, plus largement, la tournure récente des choses due à cette sécheresse interminable. L’air dur, Kura demanda à son supérieur :
« Tu crois que c’était lui ?
– J’en sais rien. Je crois que c’est bien qu’on pense que c’est lui.
– Comme ça tout rentrera dans l’ordre…
– C’est ça.
– Jusqu’à quand ? La prochaine sécheresse ?
– Comment ça ? demanda Kilmo, qui ne comprenait pas le changement de ton de l’adjoint.
– S’il s’était rien passé, on aurait quand même été dans la merde. Les réservoirs éventrés, ça a juste précipité la catastrophe, mais elle était programmée !
– Tu crois que je le sais pas ? Où est-ce que tu veux en venir ?
– C’est encore un innocent qui va payer pour toi, voilà où je veux en venir.
– Tu délires ? Payer pour moi ? T’es en train de dire que c’est moi qu’ai troué les containers ?
– Non, c’est moi qui l’ai fait.
– Quoi ? Toi ? Arrête tes conneries ! Pourquoi t’aurais fait un truc pareil ?
– Pour te faire tomber, banane. »
Kilmo restait planté dans le sol meuble, les jambes droites, le buste tendu en avant. Son embonpoint n’était plus du gras mais de la force. Les vrais hommes avaient tout d’un coup du bide. « Me faire tomber ? » lança-t-il dans le jour naissant. « Mais t’as cru quoi ? continua-t-il, t’as cru qu’on me faisait tomber comme ça, moi ? ».

Mais Kura n’était pas impressionné et ne reculait pas devant ce tigre aux poils hérissés. Il continuait même de le provoquer, vexé d’avoir vu son plan échouer : vider tous les réservoirs pour que la population se retourne contre le chef. Kilmo était un chef de village catastrophique, renchérit-il. L’île vivotait, survivait, crevait presque de faim et de soif. C’était pourtant pas difficile, ils n’étaient pas tous seuls ! Palikir n’était qu’à quelques heures de vol. C’était à cause de lui, de son melon, de sa mauvaise gestion, de sa bêtise ! Kilmo s’était rapproché pour l’intimider, le faire taire. Mais Kura ne voulait pas céder, ayant compris ce qui se jouait. Il tentait le tout pour le tout, s’essayait à une sorte de coup d’état verbal. Il ne pourrait pas revenir au village sans être le nouveau senator, il fallait s’expliquer sur le champ. Mais piqué par les remarques blessantes de Kura, Kilmo ne lui laissa pas le temps de faire quoi que ce soit. Le senator le poussa et le chief administrate tomba en arrière, manquant de se cogner la tête contre l’un des containers vides de l’Opération. Le visage plein de sable, Kura cracha et tenta de se relever, mais une lanière vint tout d’un cou lui encercler la gorge. Le senator était derrière lui et s’était emparé d’une sangle pour étrangler son adjoint. « Déconne pas ! » parvint à peine à articuler Kura. Mais il était trop tard. Kura manquait d’air, se débattait sans parvenir à s’agripper à son agresseur. Au bout de quelques minutes d’un combat sourd et immobile, Kura céda. Il s’affaissa dans le sable. Kilmo se releva alors. Sans réfléchir, avec la rapidité de l’éclair, il s’organisa pour faire disparaître le corps de son fidèle adjoint.

Le senator avait hissé le cadavre dans sa pirogue et pris la direction du large. Le jour était presque entièrement levé désormais. Il fallait en finir au plus vite. Kilmo lesta le corps de son collègue du plus grand nombre de plombs de plongée qu’il put, puis il fit basculer le corps inerte pardessus bord. Dans l’onde rose pastel, le visage étranglé de Kura tombait, se troublait, diminuait au fur et à mesure que le fond l’entraînait.

Un quart d’heure plus tard, Kilmo sauta sur le débarcadère du village. Il attacha sa pirogue d’un nœud sec et marcha en direction de la rue principale au-dessus de laquelle s’amoncelaient des nuages. Il avait répété son discours pour expliquer la situation. Depuis le début, le coupable n’était pas Notnam mais Kura, le chief administrate ! Il restait tout de même une zone d’ombre : comment allait-il justifier la disparition de son adjoint ? Kilmo s’engagea dans l’allée centrale, apercevant déjà les premiers habitants poussés hors de leur maison par l’apparition du fanal. D’un seul coup, des trombes d’eau s’abattirent sur le village. Il pleuvait à verse. Le senator afficha son plus beau sourire. Pour l’absence de Kura, il se dit qu’il verrait bien. Il mettrait probablement ça sur le dos de Notnam, et tout le monde le croirait.

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