Posted in Journal

Je ne me suis pas bourré la gueule avec Olivier Bourdeaut

Je ne me suis pas bourré la gueule avec Olivier Bourdeaut Posted on March 1, 2018Leave a comment

Olivier Bourdeaut est un écrivain français ultra connu depuis qu’il y a deux ans, il a cartonné dans les librairies avec son premier (en fait deuxième, mais le premier n’a jamais été publié) roman En attendant Bojangles. J’avais vu l’écrivain lors de son baptême cathodique à La Grande librairie, il avait eu la chance de voir son livre lu à voix haute par Fabrice Luchini. J’ai acheté son livre et l’ai bien aimé, mais sans plus. Oui, Olivier Bourdeaut rentrait d’un seul coup dans la cour des grands, et son roman était bien mieux écrit et bien plus original que la plupart des romans qui sortent aujourd’hui. Pourtant, je n’avais pas accroché plus que ça à l’histoire même.
Mais le personnage a continué de me fasciner, notamment lorsque j’ai découvert que j’avais un ami commun avec lui. Un très bon ami était en effet l’un de ses cousins. Alors, j’en ai appris un peu plus sur l’auteur, son background, ses idées, son style, son mode de vie. Je l’aimais de plus en plus. Je suis même allé jusqu’à regarder cette émission de Frédéric Lopez où il était invité et où, exagérant le trait, on refaisait l’histoire de son premier roman : le cancre de toujours était, d’après France Télé, devenu un génie littéraire en un seul livre.

Il y a quelques jours, je prenais un verre avec un pote lorsque mon ami-cousin-d-Olivier-Bourdeaut m’appelle. Je décroche. Il me dit qu’il a fini de lire la version définitive de mon roman (il a été l’un des courageux à avoir lu la première version l’année dernière), et souhaite m’en parler. Je lui dis que ce sera avec plaisir, qu’il faut qu’on se prenne un verre très vite. Cet ami est quelqu’un avec qui j’adore boire des coups. On pense la même chose sur beaucoup de sujets (pas tous), avec plus ou moins de nuances selon le sujet en question. On n’est jamais contre le fait de prendre une troisième pinte après en avoir bu deux ; ou une quatrième après trois. Au détour de la conversation, il m’apprend que son cousin (OLIVIER BOURDEAUT) est à Paris pour la promotion de son deuxième (en fait troisième) roman. Ils doivent même se voir tous les deux ce soir-même pour boire des coups. Discrètement, je demande à mon ami-cousin-etc. dans quel coin ils sont censés se voir. Ils se retrouvent entre le 9e et le 18e, probablement rue des Martyrs. Je finis par raccrocher en réitérant mon souhait de prendre rapidement un verre avec cet ami. Je suis dans le 9e arrondissement. En trois secondes, un plan a germé dans ma tête sans même que je le veuille : il faudrait que je boive assez avec mon pote pour oser proposer à mon ami-etc. de les rejoindre après mon verre. La marge de manœuvre est étroite. Olivier Bourdeaut est un écrivain à succès qui a probablement mieux à faire que de se faire présenter la longue liste de ses admirateurs alors qu’il est en promo ; surtout si ces admirateurs débutent eux-mêmes dans la littérature. Mais en cas de réussite, les gains peuvent être gros. Je range mon portable, confie mon plan à mon pote, et réserve pour plus tard ma proposition-texto à mon ami-etc.

Il est vingt-trois heures. Je quitte mon pote et rentre chez moi. Comme je le craignais, je n’ai pas assez bu ; je n’ose pas envoyer de texto à mon ami-etc. Arrivé chez moi, je me sers un fond de whisky pour me donner du courage. Oui, on parle bien du courage d’envoyer un texto à un ami. Une fois le verre bu, je me décide à tenter le tout pour le tout, à tout miser alors que j’ai tout à perdre (rien en fait). Je cherche une formule qui serait à la fois assez impérative mais pas trop forceur, et lui envoie mon fameux texto : « Dis donc je rentre chez moi là, s’ils sont encore à table je passerais bien dire bonjour ! » (j’utilise souvent la troisième personne à la place de la deuxième). Tout ça est faux : je suis chez moi depuis un quart d’heure et je ne veux pas juste « dire bonjour ». Non, je veux me bourrer la gueule avec mon ami-etc. et Olivier Bourdeaut. Je veux qu’on enchaîne pinte sur pinte, puis hard sur hard, qu’on change de bar, puis qu’on finisse en boite. Je veux passer une soirée avec ce génie littéraire sur médiatisé, goûter un peu à ses côtés la vie d’écrivain riche et connu. Je veux qu’au moment de se dire au revoir, on se dise tous les trois qu’on va fonder un nouveau mouvement littéraire (mon ami-etc. écrit lui aussi). Je veux qu’on refasse l’histoire de la seconde moitié du XIXe siècle, je veux qu’Olivier Bourdeaut soit Flaubert et qu’on soit ses Zola et Maupassant. Je suis en plein délire.

En attendant, je regarde juste un film des années 90 (de très bonne facture ceci dit) sur RTL 9. Je scrute de temps en temps mon portable, espérant une réponse de mon ami-etc. avant que l’alcool ne soit trop redescendu. Le temps passe, quand soudain il m’envoie sa réponse. J’ai envie d’en finir, je saute sur mon portable pour la lire. Elle dit quelque chose comme « J’aurais bien aimé mais je ne suis plus avec lui. Lui a continué en revanche ! ». Quelle déception. Mais quel homme. Il est en promo pour son livre et se fait la tournée des bars à Paris, ne craignant pas de devoir serrer des mains et signer des autographes en pleine gueule de bois le lendemain. Quel homme. Mais quelle déception. Je réponds à mon ami-etc. quelque chose de poli et de neutre, ne lui montrant surtout pas ma déception. Je pose mon verre vide dans l’évier et je vais me coucher : hauts-les-cœurs me dis-je, ce sera pour une prochaine fois ! En attendant, je ne me suis pas bourré la gueule avec Olivier Bourdeaut.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial