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Écrire comme ça vient

Écrire comme ça vient Posted on May 9, 2019Leave a comment

J’ai passé le mois d’avril entier à écrire mon nouveau roman. Je m’étais fixé l’objectif de 50 000 mots en 30 jours et j’en ai écrits finalement 74 000. Il fait aujourd’hui 119 pages Word, ce qui est plus que mes deux premiers livres. L’important n’est bien sûr pas la quantité mais la qualité, et il me reste désormais le plus dur à faire : reprendre tout le livre chapitre par chapitre pour le rendre présentable, télégénique. Mais le livre est là, écrit, l’histoire existe, a commencé et s’est achevée. Et je crois avoir réussi à allier quantité et qualité. Sous la contrainte de devoir écrire environ 1 600 mots par jour, j’étais obligé d’aller droit au but et j’ai petit à petit compris, au fur et à mesure que le mois passait, comment trouver mon écriture. J’ai arrêté de me poser des questions, j’ai pris confiance et j’ai écrit comme ça venait.

Il faut écrire comme ça vient. Ne pas écrire pour se hisser à quelque chose comme une référence ou un modèle mais tenter de dire les choses comme on les aurait dites à un pote à l’oral. Le but n’étant pas d’être le plus oral possible, mais de se faire comprendre, d’être intelligible, d’être le plus clair possible pour le lecteur. Ne pas donner rendez-vous au lecteur dans un lieu qui est commun mais qui n’est ni chez lui ni chez moi : faire commerce sans l’autorité en place. Se connecter directement au lecteur sans passer par l’institution de l’écriture conventionnelle. Ne plus se forcer à convoquer des images comme celles qu’on a apprises, mais se parler entre nous, presque en tournant le dos au langage poli. S’affranchir complètement du langage enseigné, déconstruire son rapport à lui pour s’exprimer sans lui. Plutôt que de chercher comment dire, le dire. L’écrire comme en cachette, comme si personne ne nous regardait. De toute manière, personne ne nous regarde. Se demander « comment l’aurais-je écrit si personne n’avait eu à le lire ? », et l’écrire ainsi. Faire du langage quelque chose de secondaire et privilégier le contenu, ce qui est échangé et non comment c’est échangé. Faire disparaître le contenant pour qu’on ne voie plus que le contenu : ce qui arrive aux personnages, et rentrer dans leur tête comme on glisse sur un toboggan. Le contenant est toujours présent mais le lecteur ne le voit plus. Aucune image ou comparaison ne peut être proscrite sous prétexte qu’elle ne colle pas : oublier le poétique, l’agréable à l’œil ou à l’oreille. Aller droit au but pour faire passer le message. Ne plus écrire comme on défriche la jungle à la machette mais comme on tire au pistolet. Écrire ne peut plus ressembler à une scène que la police scientifique étudie à la pince à épiler, écrire doit être une agression aussi rapide que soudaine ; écrire dans le mouvement et non dans l’étude posée et silencieuse, en bref, battre le fer tant qu’il est chaud.

Je n’écrirai désormais plus que comme ça, c’est-à-dire en étant entièrement fidèle à moi-même. C’était déjà le cas dans plusieurs nouvelles écrites ici, mais ce sera désormais le cas à l’échelle de mes romans. C’est peut-être en passant par ces petites histoires et par celles que je lis, en plus de celles que j’écris, que j’ai chopé le coup de main. À partir de maintenant il ne sera plus question pour moi de faire comme, mais de faire, de faire comme moi.

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