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Adieu Flaubert

Adieu Flaubert Posted on June 28, 2018Leave a comment

J’ai dit adieu à Flaubert. Je le lis encore, il me reste un bon tiers de Salammbô. Et je l’aime autant que L’Éducation sentimentale, autant que Madame Bovary, peut-être plus. Beaucoup plus en fait. Je ne pensais pas ça possible. Mais j’ai décidé d’arrêter ensuite. Repartir vers des lectures plus simples, plus accrocheuses, le dernier Vernon Subutex, ou découvrir Olivier Adam dont je n’ai lu qu’une simple nouvelle mais où j’ai trouvé des choses incroyables, ou encore John Fante, conseillé par une amie.

Je dis adieu à Flaubert parce que je l’aime trop. Et je garde toujours quelque part l’idée que si c’est trop bon, c’est que c’est mal. Comme l’alcool, le sexe, la malbouffe. Et Flaubert, donc. Je ne sais pas dans quelle mesure sa lecture influe sur mon écriture, probablement légèrement, comme on saupoudre du sucre glace sur un gâteau. Mais je crois (j’espère à tort) que l’impact est plus fort, plus profond. En ouvrant L’Éducation sentimentale il y a quelques mois, je suis tombé dans un gouffre. Et j’ai creusé encore, enchaînant sur Madame Bovary. J’ai rencontré la pureté du style, l’exigence maladive, l’audace d’employer des comparaisons inattendues, presque incompréhensibles. J’ai probablement acquis de l’expérience et un peu de maturité en le lisant. Et plus je lisais, plus je voulais en lire. Je regardais la bibliographie de l’auteur sur Wikipedia, et ça me faisait flipper : comme Saint-Ex, Flaubert avait écrit « si peu ». Déjà converti à l’idée d’écrire une sorte de Trois Contes à ma manière, ayant lu sur le sujet sans avoir lu l’ouvrage lui-même, je me suis décidé à le faire. En parallèle, mon écriture de mes trois nouvelles avançait. Je m’inspirais parfois de la forme, parfois du fond. Mais je n’étais toujours pas rassasié. Alors je me suis plongé dans Salammbô, pensant que ça renforçait mon écriture une bonne fois pour toutes, alors que je rédigeais la troisième et dernière nouvelle de mon recueil. Et ce livre est une merveille ; tout ce que je n’avais pas osé exiger de Flaubert ; des descriptions pleines de pureté, de rêve, de couleurs et d’odeurs ; comme un caprice, quelque chose d’égoïste ; un épanchement, se vautrer dans la beauté et la finesse, se payer une bouteille du meilleur champagne du bar ; un torrent d’orient.

Toujours persuadé que ce que je lis a une influence sur ce que j’écris, j’ai fini par prendre peur. Peur d’aller trop loin, de ne faire que de la copie, de la mauvaise copie de ce génie. Peur de ne plus être littérairement moi-même, d’être prisonnier de lui. J’ai eu peur (j’espère à tort) de m’être trop répandu dans le classicisme. Or, s’il est important de ne pas perdre de vue les classiques, cela reste quelque chose à éviter à tout prix. J’ai fini par comprendre que d’une certaine manière, il ne fallait pas reproduire Flaubert mais le casser. Je finis ces jours-ci mon recueil de trois nouvelles, le timing est parfait. Alors je le répète, je finis Salammbô et je passe à autre chose. Je clos cette période de six mois pendant laquelle j’aurai rédigé mon livre, et où Flaubert aura représenté plus de la moitié des pages que j’ai lues. Après, on ne va pas se mentir : je sais dans un coin de ma tête qu’il me reste encore deux ou trois livres de lui par encore lus, et vers lesquels j’irai forcément un jour. Ce qui me penser qu’en fait, j’ai plutôt dit au revoir qu’adieu à Flaubert.

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